
Auguste
Scheurer-Kestner
(Mulhouse, 13 février 1833 - Bagnères-de-Luchon, 19 septembre 1899) est un
chimiste, un industriel, un protestant et un homme politique alsacien. Il était
l'oncle par alliance de l'épouse de Jules Ferry.
Républicain,
opposant à l'Empire de Napoléon III, il fut élu député du Haut-Rhin le 2
juillet 1871 et devint sénateur inamovible de la Seine le 15 septembre 1875.
Vingt ans après, il était le dernier représentant de l'Alsace française au
Parlement.
Au départ, il ne
douta pas de la culpabilité de Dreyfus, mais, écrivit-il dans son journal, le
procès « avait laissé dans [son] esprit quelque chose de vague et de
douloureux ». Après l'intervention de Bernard Lazare, qui tenta de vaincre
ses hésitations en 1897, cet homme « passionnément épris de justice »
(Mathieu Dreyfus) et qui se considérait comme le protecteur de tous les
Alsaciens de France, multiplia les entretiens pour tenter de se faire une
opinion sûre.
Auguste
Scheurer-Kestner se persuada de la culpabilité d'Esterházy après les confidences
de maître Louis Leblois, ami de Picquart, alsacien lui aussi. Scheurer-Kestner
communiqua confidentiellement ses certitudes au président de la République
Félix Faure, au président du Conseil puis rendit une visite tout aussi vaine au
général Billot, ministre de la Guerre. Prenant en main la cause de la révision,
il contacta Joseph Reinach, entraîna Clemenceau, puis, en novembre 1897, publia
dans "Le Temps" une lettre ouverte où il affirmait l'innocence de Dreyfus.
En compagnie de maître Leblois, il exposa l'affaire à Émile Zola, qui prit sa
défense dans le" Figaro " quelques jours plus tard. Scheurer-Kestner
n'avait en effet reçu aucun appui de ses amis politiques. Le débat ayant été
rendu public par Mathieu Dreyfus, il fut violemment attaqué, traité d'« industriel
allemand », de « boche », etc. En décembre 1897, il interpella
le Sénat sur le refus de révision du procès, déclarant : « la vérité
finit toujours par triompher ».
Mais Auguste
Scheurer-Kestner ne parvint pas à convaincre ses collègues du Sénat de mener
avec lui le combat de la réhabilitation du capitaine : le 13 janvier 1898,
il n'obtint que 80 voix sur 229 votants lorsqu'il se représenta à la
vice-présidence.
Auguste
Scheurer-Kestner incarna les espoirs dans la légalité et la justice du gouvernement
de la République, et recommanda toujours la patience et la prudence,
désapprouvant notamment le coup d'éclat de Zola. Rongé par un cancer de la
gorge, il suivit la révision du procès de sa chambre de malade. Il mourut le 19
septembre 1899, le jour même de la signature de la grâce de Dreyfus par le
Président Loubet.
