Tract antisémite et antidreyfusard


Le Général Billot, nouveau ministre de
la Guerre, conseillé par ses juristes et approuvé par le Conseil des Ministres,
décide, pour poursuivre Zola en cour d'Assises, de ne retenir que les quinze
lignes où l'écrivain accuse le Conseil de Guerre d'avoir blanchi Esterhazi "par
ordre" et d'avoir "commis le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable".
Par ces motifs de diffamation , Zola, assisté de son avocat Maître Labori, se
présente devant ses juges, le 7 février 1898. La foule , nombreuse et véhémente
accueille Zola par des : "A bas Zola, A bas la crapule, mort aux Juifs !
" L'audience est ouverte et la cour, présidée par le Président Delegorgue, a
toutes les peines du monde à faire cesser le vacarme qui règne dans la salle.
La
première journée des débats, le Président, ouvertement prévenu contre la
défense, ne cesse de faire obstacle à la stratégie de Maître Labori; Et quand ce
dernier interroge un témoin, le Président intervient sur un ton cassant :"la
question ne sera pas posée" !
Au soir de la première audience, la foule est si
menaçante que Zola doit demander la protection de la police pour sortir du
prétoire Les jours suivants se sont les Généraux et les officiers du service de
renseignements qui s'avancent à la barre. Le Général de Pellieux, s'attaque à
Zola et lui reproche son inaction militaire, il s'attire cette riposte cinglante
de l'écrivain : "Il y a différentes façons de
servir la France. On peut la servir par l'épée et par la plume. Monsieur le
Général de Pellieux a sans doute gagné de grandes victoires ! J'ai gagné les
miennes. Par mes oeuvres,la langue Française a été portée dans le monde entier
. J'ai mes victoires. Je lègue à la postérité le nom du Général de Pellieux et
celui d'Emile Zola : elle choisira !" (1)
Les jurés
se retirent pour délibérer. Une demi-heure suffit pour condamner Zola à un an de
prison et trois mille francs d'amende.
Son second procès s'ouvre à Versailles le
18 juillet. Labori plaide et forme immédiatement un pourvoi en cassation.
La
cour rejette les conclusions de l'avocat et décide que le pourvoi n'est pas
suspensif. A ces mots, Zola se lève et quitte la salle d'audience sous les
hurlements de la foule : " Hors de France ! A Venise l'Italien ! "
La cour
condamne Zola par défaut au maximum de la peine : trois mille francs d'amende et un an de prison avec pour effet sa
radiation de l'ordre de la Légion d'Honneur.
(1) Henri Troyat : Zola
