Napoléon III (1808 - 1873) 

Né à Paris le 20 avril 1808, mort à Chislehurst dans le Kent le 9 janvier 1873, Charles Louis Napoléon neveu de Napoléon Ier, est le troisième fils de Louis Bonaparte et de Hortense de Beauharnais elle même née du premier mariage de l'impératrice Joséphine.
En décembre 1830, Louis Napoléon prend part à une conspiration contre le pouvoir pontifical, qui lui vaut d'être expulsé de Rome
Le 6 août 1840, Louis Napoléon débarque près de Boulogne à la tête d'une cinquantaine de conjurés. Il est arrêté quelques heures plus tard, le gouvernement de Louis-Philippe
étant renseigné sur les préparatifs par un des principaux collaborateurs du prince.
Le 6 octobre 1840, Louis Napoléon est condamné par la Cour des pairs à l'emprisonnement perpétuel.
Il est enfermé au fort de Ham.
En mai 1846, après six ans de captivité, Louis Napoléon emprunte les vêtements d'un maçon surnommé Badinguet (nom dont l'affublent ironiquement ses adversaires sous l'Empire) et parvient à s'échapper
Malgré sa réputation d'aventurier il est élu représentant à l'Assemblée constituante le même jour dans quatre départements. Il démissionne le l 15 juin pour éviter de provoquer par sa présence le vote d'une loi d'exil.
Réélu en septembre dans cinq départements, il se présente à la présidence de la République le 10 décembre
Ce triomphe est pourtant assombri par l
a promulgation de la Constitution de la IIe République limitant son mandat à quatre ans.
En 1853, Napoléon III épouse Eugénie de Montijo fille du comte de Teba. Cette dernière lui donne un fils Eugène Louis Napoléon en 1856, qui sera tué en Afrique australe par les Zoulou en 1879.

Le Prince-Président (seconde république 1848)
Peu considéré par la classe politique, Louis Napoléon fut tenu à l'écart par ses ministres, presque tous au parti de l'Ordre conservateur et majoritaire. Il les laissa se discréditer par des mesures impopulaires : expédition militaire pour défendre les États de l'Église (1849), restriction du suffrage universel et de la liberté de la presse (1850).

Il apparut comme le seul recours possible en cas de crise, mais l'Assemblée repoussa la révision constitutionnelle qui eût permis sa réélection : par le coup d'État du 2 décembre 1851, il prononça alors sa dissolution et rétablit le suffrage universel. Sauf quelques insurrections vite réprimées, les Français l'approuvèrent massivement; l'autoritaire Constitution du 14 janvier 1852 copia les institutions du Consulat. Il ordonna de grands travaux publics pour rattraper le retard de l'équipement et assurer le plein emploi. Le crédit bancaire facilita les investissements et la modernisation des techniques de production.

Le Second Empire (le coup d'état du 2 décembre 1851)

Bien qu'il se satisfit de la république plébiscitaire, ses proches l'incitèrent à restaurer l'Empire (7 novembre 1852) : il fut désormais l'empereur Napoléon III (2 décembre). Hors quelques irréductibles, la nation accepta aisément le régime, grâce à son incontestable réussite économique. La création de banques d'affaires et d'épargne développa les capitaux ; la fusion des compagnies ferroviaires en six sociétés (1857) permit l'extension rapide du réseau, passé de 3 000 km en 1852 à plus de 17 000 en 1870 ; la circulation des marchandises stimula la production industrielle et agricole ; Napoléon III signa un traité de libre-échange franco-britannique (1860) et promulgua une législation commerciale adaptée.

Deux expositions universelles (1855 et 1867), le tunnel du Mont-Cenis et le canal de Suez prouvèrent le dynamisme de la nation. Paris, par l'intermédiaire du Baron Haussmann, Préfet de la Seine, devint une capitale moderne par accroissement territorial, le percement d'avenues, l'édification des halles et des gares, l'aménagement de parcs publics. La bourgeoisie et la paysannerie bénéficièrent de la croissance plus que le monde ouvrier, malgré le voeu de l'empereur ; très attaché au progrès social, il créa des sociétés philanthropiques, des asiles pour les ouvriers âgés et malades, un habitat salubre à bon marché.

À la liberté d'enseigner reconnue par la loi Falloux (15 mars 1850), Napoléon III ajouta l'enseignement primaire obligatoire et créa des lycées de jeunes filles. Il soutint aussi la création de la Croix-Rouge (1864). Le régime fut régulièrement assoupli après 1860. Il accorda le droit de coalition et de grève (1864), le droit de réunion et la liberté de la presse (1868), toléra les premiers syndicats. Il devint parlementaire (8 septembre 1869) et l'opinion accepta volontiers la nouvelle Constitution du 21 mai 1870. Plus que l'opposition républicaine, les alliés de l'empereur affaiblirent l'action du gouvernement : protectionnistes, ils furent hostiles au libre-échange ; libéraux, ils contestèrent le coût des travaux publics, des dépenses militaires et de la politique sociale généreuse du souverain ; catholiques, l'unité italienne au détriment du pape les hérissa.

L'Empire, c'est la paix

Napoléon III souhaitait effacer les traités de 1815. Allié aux Britanniques, il battit les Russes en Crimée pour protéger l'intégrité de la Turquie (1854-1855). Le congrès de Paris neutralisa la mer Noire et consacra le réveil diplomatique de la France : elle érigea le principe des nationalités et le droit des peuples, au nom duquel la Roumanie fut créée et l'idée du Risorgimento italien exposée (1856) ; celle-ci aboutit à une coalition militaire franco-piémontaise victorieuse de l'Autriche (1859) : l'unité italienne autour du Piémont fut rapidement acquise ; la France y gagna Nice et la Savoie (1860). La diplomatie impériale devint plus chaotique après cette date et ne put bâtir un jeu d'alliances efficace.

La France colonisa la Nouvelle-Calédonie (1853), Obock et la Cochinchine (1862), imposa un protectorat au Cambodge (1863). Napoléon III obtint de la Chine la liberté des missions catholiques et protégea les chrétiens de Syrie victimes de massacres (1860). Il voulut instaurer un « royaume arabe » en Algérie (1865). Mais l'expédition du Mexique fut un coûteux fiasco (1861-1867).
Si l'armée de terre conserva des conceptions de manouvres périmées, Napoléon III modernisa la marine française en profondeur : il ordonna la construction de la première flotte de guerre cuirassée.

La Prusse, fossoyeur de l'Empire

Espérant une rectification de sa frontière nord-est, Napoléon III favorisa les ambitions unitaires de la Prusse ; celle-ci édifia une Confédération de l'Allemagne du nord (1866), mais le belliqueux chancelier prussien Bismarck rejeta la requête impériale (1867) et les deux pays se brouillèrent. La France repoussa la candidature d'un cousin du roi de Prusse au trône d'Espagne (juillet 1870) ; un incident exploité par Bismarck gâta ce succès diplomatique ; l'opinion publique et le Corps législatif poussèrent Napoléon III, malade, à déclarer la guerre à la Prusse pour une futile question d'amour-propre (19 juillet).

Tous les États allemands se groupèrent contre l'agresseur qui, désavoué par l'Europe, n'eut aucun allié. Son infériorité militaire fut cause de sa rapide défaite à Sedan (2 septembre). Le régime ne survécut pas à la capture de l'empereur et s'effondra le 4 septembre. Prisonnier de guerre, interné à Cassel puis libéré, Napoléon III s'exila en Grande-Bretagne (18-20 mars 1871). Mort à Chislehurst le 9 janvier 1873 de la maladie de la pierre, il y fut inhumé. Son corps fut transféré à l'abbaye bénédictine de Farnborough en 1888.