En 1895, Zola est à Rome où il prend des notes pour mettre la dernière main au second tome de sa trilogie des trois villes : Lourdes, Rome, Paris.
Quand il rentre, il ne sait rien de l'affaire sauf ce qu'il lit dans les journaux et comme tant d'autres, il est persuadé que Dreyfus est coupable. Le 1
er juillet 1895, le
Commandant Picquart est le nouveaux chef des renseignements à l'Etat-Major. Celui-ci apprend fortuitement que le bordereau n'a pas été écrit par Dreyfus, mais par le Commandant Esterhazi, officier Français d'origine Hongroise.
Le Commandant Picquart en informe sa hiérarchie, qui le fait taire et l'expédie en Tunisie. L'Etat-Major n'entend pas revenir sur la chose jugée. Pourquoi Dreyfus serait-il innocent puisque les experts ont formellement établi que l'écriture du Capitaine était celle du bordereau ?
De plus cet officier-stagiaire "a le tord d'être Juif et que, comme chacun sait, un Juif n'a aucun sens de l'honneur".Il vaut mieux envoyer un innocent au bagne que d'entacher le prestige de l'armée !
En 1897, Zola, persuadé par ses amis, et parmi eux le
Sénateur Scheurer-Kestner, de l'innocence de Dreyfus, comprend qu'il est en présence d'une effroyable erreur judiciaire et d'une formidable campagne antisémite orchestrées par l'armée.
Il sort de sa réserve, et se fait le porte-parole de tous les Dreyfusards. Zola est à la une de tous les journaux de droite, inféodés à l'armée et à l'église et fait l'objet d'injures et de caricatures abominables.
Le ton est à la violence. Le 12 janvier 1898, Zola apporte, à l'Aurore, un article de quarante feuillets intitulé "Lettre au Président de la République Félix Faure". L'écrivain-journaliste lit d'un jet son pamphlet devant un auditoire médusé et frissonnant d'admiration.
Quand Zola a fini de lire,
Clemenceau qui trouve le titre un peu "officiel" le biffe et impose J'Accuse, une formule qui claque comme un fouet. (1) Le lendemain 13 janvier 1898, trois cent mille exemplaires de l'Aurore seront vendus en quelques heures.
(
1) Henri Troyat : Zola Edt Flammarion