
A ce point de l'affaire, Zola doit
quitter la France Ce n'est qu'en changeant de pays qu'il demeurera maître de la
situation.
Le 18 juillet au soir, il prend sa décision et part pour la gare du
Nord. La traversée de la Manche lui paraît interminable et c'est au petit matin
qu'il arrive à Londres et se fait conduire au Grosvenor Hotel.
Il ne sait pas un
mot d'Anglais, mais par chance le personnel de l'établissement parle un Français
à peu près correct. Pour égarer les soupçons, il s'inscrit sur le registre sous
le pseudonyme de "Monsieur Pascal" (1).
Le
lendemain, à Paris, les titres des journaux sont sans équivoque : "Zola en fuite
!" Perdu dans cette ville étrangère dont il ne connaît pas la langue, Zola se
morfond. Il écrit beaucoup à sa femme, à ses enfants et à ses amis, mais cette
fois sous le pseudonyme de "Monsieur Beauchamp".
Mais voici que les journaux
révèlent sa présence à Londres. Il déménage et s'installe dans le charmant
village de Penn dans le Surrey. De cet asile champêtre, il suit les
rebondissement de l'affaire Dreyfus et de l'affaire Zola.
Dans l'intervalle il
réussit à faire venir, tour à tour, Alexandrine puis Jeanne accompagnée de
Denise et de Jacques. En attendant l'arrivée de Jeanne, il se remet au travail
et conçoit l'idée de donner une suite aux Trois Villes, en écrivant une
série de quatre romans, intitulée Les Quatre Evangiles : Fécondité, Travail,
Vérité, Justice.
Le 16 février 1899, le Président de la République Félix
Faure meurt dans les bras de sa maîtresse. Emile Loubet, homme de gauche est élu
à la présidence. On le dit favorable à la révision du procès. Le 3 juin 1899, la
Cour de Cassation annule a l'unanimité le jugement condamnant Dreyfus et renvoie
l'accusé devant le Conseil de Guerre à Rennes.
En apprenant la nouvelle, Zola
explose de joie et décide de renter en France sur-le-champ. Son exil aura duré
près d'un an.
(1) Henri Troyat : Zola
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